Face à la troisième vague qui surprend par son ampleur, les équipes médicales restent mobilisées malgré l’épuisement. Partout des solutions s’inventent dans une ambiance de solidarité très forte.

 

« Les équipes sont fortement mobilisées, mais épuisées par plusieurs mois de travail intense », résume le Pr Enrique Casalino, directeur médical au groupe hospitalier universitaire AP-HP Nord-Université de Paris. À l’heure où la progression du nombre de cas semble ralentir légèrement en Ile-de-France depuis les nouvelles mesures prises, la situation hospitalière reste critique. Avec 14 684 nouvelles hospitalisations et 3381 admissions en soins critiques dont 2336 en réanimation sur les sept derniers jours au 12 avril, l’hôpital semble de nouveau au bord de l’explosion. « Cette troisième vague nous surprend tous par son ampleur, nous ne pensions pas revivre les niveaux de la première vague », témoigne Valérie Achard-Delicourt, directrice adjointe de l’hôpital Beaujon. Cette ancienne infirmière et cadre de santé, qui a fait ses premières armes en infectiologie à la Pitié Salpêtrière dans les années 1990, compare la première vague de Covid-19 à un sprint et les deux suivantes à un marathon.

L’expérience de la première vague est mise à profit. « Les processus de décision et les systèmes logistiques ont été allégés, la réactivité de l’hôpital a augmenté dans le recrutement du personnel, les commandes de matériel et les travaux pour le réaménagement des services, explique le Pr Casalino. Cependant, la contrainte majeure reste le personnel, notamment infirmier. Nous n’avons plus les renforts en médecins et en infirmiers de la première vague. » Ce qui s’est traduit ces derniers mois par une augmentation des heures supplémentaires pour des soignants qui accumulent une fatigue importante. « Les équipes de province ne peuvent plus rallier les régions les plus touchées comme lors de la première vague car aujourd’hui, toutes les régions sont touchées par le Covid-19 et les établissements continuent aussi d’accueillir les patients non Covid, explique la directrice adjointe de Beaujon. C’est une différence majeure avec la première vague, nous recevons aussi nos filières habituelles de patients, ce qui n’était pas le cas lors de la première vague avec la diminution de certaines filières comme les polytraumatisés en raison du confinement. » 

Pour soigner tous les patients, surtout en soins critiques, avec l’ombre redoutée du tri, les hôpitaux se sont mis en ordre de bataille. « Ce sont les patients, quand leur état le permet et que les familles sont d’accord, qui sont évacués vers des établissements de province », poursuit Valérie Achard-Delicourt. Comment atteindre l’objectif des 10 000 lits de réanimation en France ? « La situation est très difficile, souligne le Pr Casalino. Pour le moment, nous faisons avec des redéploiements de personnels, la fermeture de certains secteurs non prioritaires, des déprogrammations en chirurgie, essentiellement pour récupérer du personnel médical et paramédical et augmenter les capacités d’accueil en réanimation. Nous restons positifs avec la mobilisation des personnels de soins d’autres structures – du privé entre autres - et la réserve sanitaire. » En plus des étudiants et des retraités qui sont fortement sollicités, des soignants sont formés. « Des formations aux soins critiques pour venir renforcer nos équipes sont mises en place », poursuit Valérie Achart-Delicourt.

Elle est impressionnée par l’agilité des équipes et particulièrement de leur encadrement, réelle cheville ouvrière de l’hôpital. « En une demi-heure, nous avons réussi il y a deux jours à créer 8 lits supplémentaires », se félicite la responsable. Les solutions s’inventent dans une ambiance de solidarité collective très forte. De nouvelles organisations ont été mises sur pied, avec l’apparition de cellules logistiques, d’information et de lien avec les familles, et d’optimisation de la durée des séjours. « Les patients de cette troisième vague sont plus jeunes et plus graves, explique l’infectiologue. Nous avons plus de séjours en réanimation et ils sont plus longs. » Pour éviter la saturation des capacités de réanimation, les séjours sont organisés pour être les moins longs possibles. « Nous travaillons beaucoup avec les structures d’aval, l’hospitalisation à domicile (HAD), qui a monté un hôtel médicalisé,  les unités de soins de suite et de réadaptation (SSR) et des prestataires de services qui prennent le relais dès que la patient est stabilisé », témoigne Valérie Achart-Delicourt. « L’AP-HP a développé plusieurs outils informatiques pour le suivi des lits, des patients, et faciliter les processus de décision, souligne Enrique Casalino. C’est un bon technologique ! »

« La crise, malgré les difficultés, est aussi porteuse d’agilité, il faudra être capables d’en garder des enseignements pour bonifier l’hôpital », affirme Valérie Achart-Delicourt. « Les équipes ont été valorisées lors de la première vague, cette épreuve a aussi donné du sens aux soignants, mais il faudra rester très vigilants après, avec des signes positifs forts attendus de la part des autorités », déclare le Pr Casalino. « Nous ne sommes pas des héros, conclue Valérie Achart-Delicourt. Nous sommes en première ligne, comme d’autres, et exerçons nos professions dans un contexte exceptionnel. J’espère qu’après cette crise, on prendra soin à tous les niveaux des hospitaliers, qui sont si durement et si longuement éprouvés par cette pandémie. »

Cela pourrait vous intéresser.

Lire aussi.

Interview de Mickaël Galy, DG du CHU de Strasbourg sur la campagne vaccinale à destination des professionnels de santé - PODCAST

21/04

Interview de Mickaël Galy sur la campagne vaccinale - PODCAST

Interview du Professeur Axel Kahn, Président de la Ligue nationale contre le cancer - PODCAST

30/04

Interview du Professeur Axel Kahn, Président de la Ligue nationale contre le cancer - PODCAST