Conformément au Plan national de lutte contre les violences faites aux enfants pour la période 2020-2022, chaque département est aujourd’hui doté d’au moins une Unité d’accueil pédiatrique Enfants en danger (UAPED). Le point sur cette avancée avec le Dr Martine Balençon, présidente de la Société française de pédiatrie médico-légale.

En quoi consiste les UAPED ? Et qu’apportent-elles ?

Martine Balençon : Ces unités donnent un cadre à l’audition dans un lieu protégé des mineurs victimes de violences et de négligence. Elles permettent également, avec l’ensemble des acteurs déjà engagés, de structurer à l’échelle de chaque département l’organisation qui rend ensuite possible la prise en charge de ces enfants et adolescents. En un seul endroit, elles regroupent tous les professionnels qui contribuent aux soins, à la protection, à l’évaluation et au constat. L’objectif est d’améliorer la qualité et la continuité des parcours de prise en charge, mais aussi de contribuer à un meilleur repérage. Jusque-là, faute de circuit d’aval qu’ils pouvaient solliciter, les médecins et infirmiers libéraux, les professionnels de la petite enfance ou encore les services scolaires se sentaient parfois démunis face à un enfant qu’ils suspectaient d’être maltraité. Les premières UAPED, créées au début des années 2000 sous l’impulsion de l’association La Voix de l’enfant, à Nantes ou à Orléans par exemple, montrent qu’il y a davantage d’informations préoccupantes (IP) transmises quand les médecins peuvent s’appuyer sur une structure hospitalière pédiatrique spécialisée. Comme pour un cancer ou une autre maladie grave, ils peuvent repérer les signes d’une violence, puis se tourner vers des spécialistes pour confirmer le diagnostic avec certitude et mettre en œuvre des solutions adéquates.

Le fait qu’il y ait désormais une UAPED dans chaque département est donc plutôt positif ?

M. B. : La dynamique est très intéressante. Il faut veiller à ce que la mise en œuvre de ces structures, tout en s’appuyant sur l’existant et les forces locales, soit conforme à l’instruction et à la nécessité de parcours médico-judiciaires protégés et intégrés. L’unité de lieu pédiatrique ou pédopsychiatrique est en ce sens un élément majeur. Par ailleurs, il est important que soit bien clarifié dans le fonctionnement de ces structures ce qui revient à chacun des acteurs impliqués : médecins légistes, pédiatres, pédopsychiatres, enquêteurs, aide sociale à l’enfance…. Il faut sortir des activités en silo et construire collectivement les parcours de prise en charge, pour que ceux-ci soient parfaitement coordonnés, sans rupture. La synergie entre les professionnels est essentielle pour assurer un traitement des situations de violence de la meilleure des façons.

Comment y parvenir ?

M. B. : La question de la labellisation des UAPED est centrale. Les mineurs victimes de violences intrafamiliales n’ayant pas de parents bienveillants pour assurer leurs parcours, les instances et les professionnels doivent redoubler d’effort et d’attention pour pallier ce manque. Ces enfants et adolescents doivent se sentir en sécurité. La formation des professionnels à la clinique de la violence est un autre axe très important. Qu’elle soit initiale ou continue, elle doit être interprofessionnelle et interinstitutionnelle afin que le repérage et l’accompagnement puissent être effectifs. Un DIU « maltraitance de l’enfant, du diagnostic aux aspects médico-légaux » existe depuis 2016.

Émilie Tran Phong

Pour en savoir plus :

101 UAPED financés et déployés sur le territoire d’ici fin 2022, soit un par département.

contre 66 en juin 2021.
(Source : ministère de la Santé et de la Prévention)

160 000 enfants victimes de violences sexuelles chaque année.
(Source : CIIVISE)

 

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