Utilisée pour soulager des douleurs chroniques, apaiser des phobies ou permettre une meilleure gestion du stress, l'hypnose est un allié précieux pour le bien-être des enfants, des plus petits aux ados. Edith Gatbois, pédiatre à l'hôpital Trousseau, diplômée en hypnose et chef du pôle mère-enfant à l'Hospitalisation à domicile (HAD), fait le point sur cette discipline en plein développement.

COMMENT VOUS ÊTES-VOUS INTÉRESSÉE À L'HYPNOSE ?

Entre 2000 et 2004, durant mon clinicat de pédiatre en hémato-cancérologie à Trousseau, j'ai constaté que, dans certains cas, les médicaments ne suffisaient plus à soulager les patients. Des enfants malades qui devaient faire face à des traitements lourds en arrivaient à développer des phobies des soins.

Je me suis alors rapprochée du Dr Patrick Richard, anesthésiste au service des brûlés de l'hôpital, qui s'intéressait, depuis plusieurs années, à l'hypnose. Nous avons beaucoup échangé et il m'a encouragée à passer, en 2003, mon DU d'hypnose dirigé par le Dr Jean-Marc Benhaiem à la Pitié Salpêtrière.

COMMENT DÉFINIRIEZ-VOUS L'HYPNOSE ?

L'hypnose est un mode de relation privilégié avec soi-même et les autres qui permet d'accéder, grâce à un état modifié de conscience, à une appréhension et une perception différente des évènements ou des sensations. C'est un état que nous sommes tous amenés à vivre à l'image de l'enfant "rêveur" qui s'échappe dans son imaginaire lors des cours qui ne le passionnent pas.

L'hypnothérapie est un moyen thérapeutique qui va utiliser l'hypnose pour permettre au patient, grâce à une focalisation étroite de l'attention sur la perception des sensations et de son imginaire, de mobiliser et d'amplifier secondairement ses propres ressources. Le praticien va juste le guider pour qu'il mobilise ses ressources à l'image proposée par le Dr Milton Erickson, du cavalier qui laissera aller son cheval pour qu'il retrouve son chemin.

Pour moi, l'hypnose s'inscrit dans une démarche proche de la méditation, de la relaxation, de la pleine conscience. Il s'agit de moments où l'on peut se poser et se réaligner avec soi-même. Comme Monsieur Jourdain avec la prose, nous faisons tous de l'auto-hypnose sans le savoir. En bref, ce n'est pas le thérapeute qui a le pouvoir, c'est bien le patient. Le thérapeute lui, sera une aide si une relation de confiance avec le patient se met en place. C'est une rencontre qui peut être très "humanisante".

QUE PEUT-ON TRAITER AVEC L'HYPNOSE ?

On peut travailler beaucoup de choses avec l'hypnose. Les différentes indications peuvent être : la gestion de la douleur, des effets secondaires des médicaments (nausées post chimio, insomnies...), l'angoisse, le stress ou encore sur les troubles du sommeil.

Lorsque j'étais en hémato, j'ai accompagné un certain nombre d'enfants en soins palliatifs. L'enjeu était de leur offrir une parenthèse de bien-être.

COMBIEN DE TEMPS DURE UNE SÉANCE D'HYPNOSE ?

Dans ma pratique, la séance a lieu pendant la première consultation de la douleur qui dure environ 1h30. L'hypnose est proposée en fin de consultation une fois que l'enfant a reçu l'ensemble des informations sur son problème médical et les différentes solutions possibles ; ce temps préliminaire permet l'installation de la confiance. Pour certains enfants, le voyage hypnotique ne prend pas plus d'une dizaine de minutes. Si l'enfant est dans une transe profonde, je le laisse. C'est lui qui décide de revenir, à son rythme. Des propositions post hypnotiques sont faites à l'enfant pour lui permettre d'accéder à cet état à sa guise, en auto-hypnose.

A QUEL ÂGE PEUT-ON COMMERCER L'HYPNOSE CHEZ LES ENFANTS ?

On peut débuter à tout âge. Il suffit d'adapter les propositions et les suggestions en fonction du développement psychomoteur de l'enfant.

Chez les tout-petits, la mère est la personne la mieux placée pour répondre aux besoins de son enfant. Elle va intuitivement proposer à son bébé des suggestions hypnotiques à type de bercements, de chant ou autre. Notre rôle de professionnel va être alors une réassurance de la mère dans ses compétences et son intuition.

Chez les petits, on va pouvoir, par exemple, intégrer le doudou, les livres imagés, les bulles de savon et pour l'enfant plus âgé, le monde des fées, des super-héros. Il me paraît primordial d'impliquer les parents qui sont les personnes qui connaissent le mieux leurs enfants et qui pourront les sécuriser et leur apprendre à se faire confiance.

L'hypnothérapie chez l'enfant me paraît très pédagogique. Celui lui permet d'apprendre à se faire confiance et, progressivement se débrouiller tout seul pour résoudre un problème sans dépendre systématiquement d'un médecin, d'un médicament ou d'un adulte. Il s'agit d'un vrai tremplin vers une possibilité de grandir. C'est d'autant plus gratifiant chez l'enfant que les problèmes ne sont pas fixés et qu'il existe une part malléable sur laquelle s'appuyer.

“L'hypnose est un vrai tremplin vers une possibilité à grandir”

EXISTE-T-IL DES ENFANTS QUI SONT COMPLÈTEMENT HERMÉTIQUES À L'HYPNOSE ?

Oui, ça arrive. On peut avoir des enfants qui, tout jeunes, ont perdu leur capacité à faire confiance en l'adulte, un peu comme s'ils avaient grandi trop vite et perdu "leurs yeux d'enfants". C'est moins fréquent que chez l'adulte mais cela existe.

Pour d'autres enfants, il sera nécessaire de prendre le temps de la mise en place d'une relation de confiance suffisamment bonne pour que l'enfant puisse "lâcher prise", c'est le cas de certains adolescents qui arrivent déjà dans un état de douleurs chroniques avec des problématiques de désocialisation et une absence complète de confiance en eux. Je ne leur propose jamais d'emblée une séance d'hypnose. Ce serait les mettre en échec. Nous allons d'abord travailler sur la relation de confiance. Dans un second temps, on pourra leur proposer ce type de séance. Il faut respecter cette capacité de lâcher prise qu'à la personne en face de nous. Lorsque l'enfant est dans une grande insécurité, il n'est pas en mesure de se laisser aller.

EST-CE QUE LES PARENTS ASSISTENT AUX SÉANCES ?

Pour les petits, les parents assistent systématiquement. S’il s’agit de pré-ados, je leur pose la question. S’ils me répondent que cela leur est égal, je demande aux parents de sortir. Lorsque ce sont des ados, je demande toujours aux parents de patienter dans la salle d’attente pour cette deuxième partie de consultation.

COMBIEN DE SÉANCES SONT NÉCESSAIRES POUR TRAITER UN PROBLÈME ?

Dans la plupart des cas, une séance suffit. Si l’on prend les enfants qui sont migraineux, il arrive que je fasse juste une séance pour les guider à mobiliser leurs ressources. Et après ils se débrouillent.
Pour les enfants qui souffrent de céphalées chroniques quotidiennes, je peux parfois enregistrer la séance sur leur téléphone pour qu’ils puissent la réécouter.
Pour ceux qui sont très malades et qui n’ont plus l’énergie pour mobiliser leurs propres ressources, je leur laisse aussi un enregistrement.
Mais l’idée est vraiment que, durant la séance, l’enfant trouve sa solution qui sera la bonne, parce qu’elle sera "sur-mesure". On peut lui faire des propositions pour l’autoriser à ouvrir les frontières de son imaginaire mais en fin du compte c’est à eux de créer leur solution.

ON PARLE BEAUCOUP D'OPÉRATION SOUS HYPNOSE, POUVEZ-VOUS NOUS EN DIRE PLUS ?

Il n’existe aujourd’hui pas d’opération sous hypnose sans anesthésie locale. Cela n’a aucun sens de se priver de la sédation. Ce serait risquer de mettre en échec la personne. Mais on peut désormais opérer juste sous anesthésie locale avec un accompagnement par l’hypnose.
Le docteur belge, Marie-Elizabeth Faymonville, réalise beaucoup d’interventions sous hypnose avec une perfusion d’anxiolytiques. Il s’agit dès lors, d’une présence à l’autre de chaque instant.

EST-CE QUE CELA EST PRATIQUÉ DANS N’IMPORTE QUEL HÔPITAL ?

C’est aujourd’hui possible dans beaucoup d’endroits. Mais cela implique un changement de positionnement des soignants. Dans les blocs opératoires, lors d’anesthésie générale, le patient dort. Les équipes peuvent parler à haute voix sans se soucier de ce qu’il peut entendre.
Avec une anesthésie locale et un accompagnement par l’hypnose, cela demande une attention et une discrétion particulières et tout le monde doit jouer le jeu.

OÙ EN EST-ON DU DÉVELOPPEMENT DE L’HYPNOSE EN PÉDIATRIE AUJOURD’HUI ?

Cela se développe dans l’ensemble des hôpitaux parisiens. Dans tous les hôpitaux pédiatriques, la pratique de l’hypnose se généralise. Le DU hypnose forme une quarantaine de médecins chaque année. Désormais, dans tous les centres anti-douleurs adultes et enfants, il existe des propositions de traitements par l’hypnose. A l’HAD, nous formons l’ensemble de nos puéricultrices, pédiatres et cadres à l’hypnoanalgésie. Nous développerons cette compétence par la suite pour nos professionnels qui s’occupent d’adultes en lien avec le CLUD (centre de lutte contre la douleur) en HAD.

Stop aux idées reçues

Dans l’inconscient collectif, le mot hypnose fait souvent appel à des fantasmes. Elle est alors associée aux hypnoses formelles des psychiatres selon Freud. On pense aux hystériques, au fait d’être manipulé par quelqu’un ou encore à la perte du contrôle psychique.
Dans la réalité, personne ne peut se faire hypnotiser contre son gré. L’hypnose est un état modifié de la conscience. Il s’agit d’une veille paradoxale. Malgré une apparence de passivité, le patient continue à avoir des mouvements occulaires souvent très actifs sous les paupières, il reste très actif et entend tout. Sa mémoire, son attention et sa vigilance sont amplifiées.

Depuis quant utilise-t-on l'hypnose en pédiatrie ?

On l’utilise depuis toujours sans le savoir. En effet, pour clarifier les choses, il est important de rappeler que chaque individu est en capacité de percevoir ses sens aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur de son corps. Lors d’une séance d’hypnose, l’enfant va focaliser son attention sur un sens en particulier pour arriver dans ce que l’on appelle un état de dissociation qui va lui permettre d’amplifier ses propres ressources pour régler un problème en particulier.
En pédiatrie, si l’on prend le nouveau-né, il ne perçoit la réalité qu’à travers ses sens. Il est dans ce que certains ont décrit comme la perceptude. Il n’a aucune capacité d’analyse. Il n’est que ce qu’il perçoit.

Ainsi, lorsqu’il est au sein, il éprouve un sentiment de plénitude. Il est 100% bien. Mais dès qu’il a, par exemple, une colique, il est 100% mal parce que totalement envahi par la douleur.
C’est pour cette raison que la mise au sein d’un bébé durant une stimulation douloureuse a un effet antalgique très important, comme si l’on réalisait une séance d’hypnose avec lui.

Toutes les mamans vont très naturellement solliciter les sens de leur bébé pour le soulager. En leur parlant, les berçant ou encore en créant un contact avec leur peau.
En grandissant, le bébé va pouvoir faire la différence entre ce qu’il se passe à l’intérieur de lui et à l’extérieur. Progressivement, il ne va plus être le centre du monde.
L’enfant lui, a une capacité de passer d’un état à un autre. C’est pourquoi lorsqu’il joue, il ne " joue" pas vraiment mais vit intensément son jeu. Vous lui parlez, il ne vous entend pas. Pas parce qu’il est mal élevé, mais parce qu’il est complètement à ce qu’il fait.

Et, finalement, de simples distractions ou propositions ludiques chez l’enfant vont avoir un effet hypnotique.

L'hypnose erIcksonienne c'est quoi ?

Au début du 20e siècle, le psychiatre et psychologue américain Milton Erickson a révolutionné l’hypnose dans la relation thérapeutique.

Son idée : considérer notre inconscient comme une ressource et non pas comme une malle avec des tas de choses à cacher. Il s’agit de prendre en considération le fait que notre inconscient peut aussi être une ressource et qu’il faut s’autoriser à le solliciter.

 

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