Comment l’hôpital relèvera-t-il le défi du vieillissement ? Le docteur Arnaud Caupenne, porte-parole de l’Association des jeunes gériatres (AJG), répond à cette question cruciale pour tous les acteurs de santé.

La population âgée va-t-elle devenir le cœur de métier de l’hôpital ?
Arnaud Caupenne :
L’hôpital va en effet devoir relever le défi du vieillissement de la population en anticipant et en facilitant les parcours de soins. Trop souvent encore, l’accueil des personnes âgées malades passe par les urgences, déjà saturées. Dans certains centres, des unités de coordination aident à fluidifier les échanges entre les unités de court séjour gériatrique, les unités de soins de suite et de réadaptation (SSR), la médecine de ville et les Ehpad. Il faudrait que ces dispositifs soient généralisés.

Existe-t-il suffisamment de soignants formés à la gériatrie ?
A. C. :
La gériatrie manque de personnels paramédicaux. En court séjour, une unité de soins fonctionne en moyenne avec un infirmier et deux aides-soignants pour douze patients. Or, l’hôpital accueille des personnes âgées polypathologiques qui nécessitent une prise en charge de plus en plus lourde. Il serait indispensable d’établir des ratios de soignants minimaux afin de sanctuariser la qualité de soins. Mais la gériatrie manque aussi de médecins. Avec 142 postes d’internat disponibles en 2021, on renouvelle tout juste les effectifs. Il faudrait former le double d’étudiants pour répondre aux défis auxquels notre spécialité va être confrontée (vieillissement de la population, difficultés du secteur médico-social, etc.).

La gériatrie souffre-t-elle de son image ?
A. C. :
Notre spécialité est jeune, souvent caricaturée car méconnue. Elle n’est pas considérée comme une médecine technique. Ce qui est faux : la gériatrie ne se limite pas aux soins palliatifs. C’est une spécialité permettant d’exercer une médecine de pointe avec une approche globale de la santé du patient. La gériatrie, c’est la spécialité d’avenir ! Au-delà, c’est toute la perception du vieillissement dans notre société qui est à changer. Le défi est immense mais passionnant.

La télémédecine peut-elle changer la donne ?
A. C. :
Oui, en partie. La téléconsultation peut permettre de suivre un retour à domicile après une hospitalisation ou éviter certains transferts liés à des soins infirmiers. Elle pourrait également servir d’appui aux médecins intervenant en Ehpad et ainsi éviter une hospitalisation. Mais elle ne peut pas exister sans soignants en nombre et formés pour accompagner les patients, les résidents.

Tous les territoires avancent-ils au même rythme sur ces sujets ?
A. C. :
Des disparités existent. La densité de services gériatriques est plus forte en ville qu’à la campagne. Ce n’est pas nouveau. La densité de soins de suite est également plus forte dans le Sud que dans le Nord alors que les besoins semblent inversés.

Et qu’en est-il des liens avec la médecine de ville ?
A. C. :
Les médecins de ville possèdent d’excellentes connaissances en gériatrie. Mais les médecins gériatres ne seraient pas opposés à partager leurs connaissances avec les autres spécialités.

Propos recueillis par Olivier Brovelli

Arnaud Caupenne

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