Améliorer l’état nutritionnel et par ricochet l’état de santé des patients, telle est la mission première du diététicien. Acteur de santé à part entière, ce spécialiste de la diététique et de la nutrition a en secteur soins une action à la fois thérapeutique et préventive, et s’inscrit dans une approche transversale.

Reportage au CH de Carcassonne.

 

Le métier de diététicien s’exerce aujourd’hui de maintes façons : en libéral, dans le secteur privé, en maison de retraite, en restauration collective, dans l’industrie agroalimentaire, dans la recherche ou la communication, ou encore, chez les prestataires de santé à domicile qui offrent depuis une dizaine d’années de nouvelles opportunités de carrière (nutrition entérale…). L’hôpital reste néanmoins le lieu d’exercice privilégié puisque l’on y recense près de la moitié des diététiciens en activité(1).

DES MISSIONS DIVERSIFIÉES

En établissement de soins, le diététicien est tour à tour thérapeute, éducateur, conseiller… Il ajuste les menus en fonction des pathologies des patients (diabète, hypertension, cancer…). Il contribue également à l’évaluation et au contrôle de la qualité de l’alimentation servie. Il veille encore au respect de l’hygiène et assure l’information et la formation du personnel. « En principe, notre intervention s’effectue sur prescription médicale pour une pathologie donnée. Mais il nous arrive de réaliser une prise en charge après avoir consulté la liste IMC(2) de chaque service, pris connaissance d’albumines pathologiques transmises par le laboratoire de biologie, ou après avoir été sollicités par le personnel paramédical » explique Claudie Laignelot, l’une des six diététiciennes du CH de Carcassonne. Le dépistage de la dénutrition ou de l’obésité est au cœur de ses missions, « l'une comme l’autre pouvant engendrer des complications » précise-t-elle. Véritable travail de négociation, l’éducation alimentaire est aussi au cœur du métier. « Nous intervenons dans le cadre de consultations pour diabète gestationnel, surpoids dans la périnatalité ou chez les enfants », ajoute-t-elle.

« Que ta nourriture soit ton médicament et que ton médicament soit dans ta nourriture », conseillait déjà Hippocrate, père de la médecinemoderne en son temps.

« Ce volet prévention, proposé plutôt lors de l’hospitalisation, s’effectue soit en individuel soit en groupe. Nous participons également aux groupes d’éducation thérapeutique mis en place pour une même pathologie (diabète, pompe à insuline par exemple) ». En revanche, à la différence d’autres établissements, « la "mission cuisine" (contrôle des repas, chaîne avec la cuisine) fait l’objet au CH de Carcassonne d’un poste diététique/qualité dédié, intégré à une plateforme médico-logistique. On se retrouve toutefois lors des commissions "menus, amélioration de la qualité" » poursuit la diététicienne carcassonnaise.

PAS D’EXERCICE EN SOLO

Membre à part entière de l'équipe de soins, le diététicien n’exerce pas en solo, loin s’en faut. Il collabore avec les autres acteurs de soins (médecins, infirmiers, aides-soignants, biologiste…) via les transmissions écrites/orales, et participe aux staffs pluridisciplinaires ou à certaines visites (dans le cadre de la chirurgie de l’obésité, de l’oncologie, en gastro-entérologie), ainsi qu’aux réunions des comités de liaison alimentation nutrition (Clan). Il est aussi en contact régulier avec les familles, en pédiatrie, notamment.

Cursus des études et reconnaissance des actes de diététique en libéral

Il existe actuellement deux filières de formation : le BTS de diététique et le DUT Génie biologique option diététique. Une fois diplômés, les diététiciens poursuivent très fréquemment par une 3e année de spécialisation (licence pro, DU en diabétologie, pédiatrie, troubles du comportement alimentaire…).

«Depuis 10 ans, nous réclamons la prolongation et la réingénierie des études (cursus de l’Éducation nationale trop structuré)», explique Isabelle Parmentier, la présidente de l'Association française des diététiciens-nutritionnistes (AFDN). De même, alors que les sorties d’hôpital sont de plus en plus précoces et que les diététiciens sont considérés comme des précurseurs dans la prise en charge dans le cadre du PNNS (Programme national nutrition santé), Isabelle Parmentier dénonce «une situation paradoxale avec une absence d’égalité d’accès aux soins » revendiquant de fait «la reconnaissance des actes de diététique».

À noter : le terme "nutritionniste" est un qualificatif qui ne définit pas une profession. Celui-ci peut être utilisé par toute personne (médecin, ingénieur, diététicien…) ayant une formation en nutrition.

PÉDAGOGIE ET DIPLOMATIE AVANT TOUT

Il va de soi que le métier requiert des qualités spécifiques car il n’est pas toujours aisé de convaincre les patients de modifier leurs habitudes alimentaires. Ainsi, l’empathie, la diplomatie, l’écoute, la pédagogie, la patience, la négociation (d’objectifs) sont indispensables à l’exercice de la fonction. Sans oublier une bonne capacité d’adaptation, le sens de la communication (il importe d’être à l’aise à l’oral) et un certain sens de l’humour. Mais ces qualités ne sont pas pour autant un gage de compliance : « On se bat contre les préjugés, les idées reçues. Certains patients adhèrent à nos recommandations tandis que d’autres pas du tout » constate Claudie Laignelot avec le recul de ses 30 ans d’expérience. Un exercice hospitalier pas vraiment choisi à l’époque mais qu’elle plébiscite aujourd'hui comme ses collègues compte tenu « de la pluralité des prises en charge, du travail en équipe (à la différence du libéral) et de la possibilité de bénéficier des dernières évolutions en matière de traitements et/ou de matériels ».

La diététique est la science de l’alimentation équilibrée ; la nutrition est le rapport entre les aliments et la santé.

« Manger est un besoin, savoir manger est un art » disait La Rochefoucauld. Un art auquel les diététiciens hospitaliers tentent d’initier les patients dans leur exercice quotidien.

(1) 9 830 diététiciens exercent en France métropolitaine, dont 4 955 en secteur hospitalier (sources : Drees, répertoire Adeli, janv. 2015).

(2) Liste spécifiant l’indice de masse corporelle (IMC) des patients de chacun des services de l’hôpital.

Pour en savoir plus :

www.sante.gouv.fr/dieteticien.html

www.afdn.org/index.html

Journaliste : Valérie Hedef

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