Vouloir sauver les autres, c’est une motivation fréquente parmi les soignants. Si l’intention est bonne, attention aux excès ! Faire passer les besoins des autres avant les siens peut conduire au découragement et même au burn-out.

«J'ai besoin de me sentir utile… Ma vie n’a de valeur que si j’aide les gens… », c’est le credo des sauveurs, toujours prêts à voler au secours des autres. Au travail, en famille, avec leurs amis, ils ont l’impression de faire beaucoup pour tout le monde, sans obtenir la reconnais­sance qu’ils attendent. D’où une frustration et même un risque d’épuisement physique et psy­chique.

Un rôle qui remonte à l’enfance
« Les sauveurs ont souvent dû soutenir un parent malade ou dépressif, s’occuper de leurs frères et soeurs, faire face à un dysfonctionnement familial… Ils se sont donc retrouvés en position de "parent" de leurs propres parents. Dans une situation vécue comme anxiogène, ce rôle les a aidés à maîtriser leur peur », constate Laurie Hawkes, psychothérapeute et enseignante à l’École d’analyse transactionnelle (Paris). Devenus adultes, ils reproduisent ce scéna­rio avec leur conjoint, leurs enfants et leurs proches, ont du mal à prendre soin d’eux-mêmes et refusent souvent l’aide des autres. Le sauveur se doit d’être fort, parfait, sans faille. D’où un sentiment de supériorité vis-à-vis de l’autre qui « ne pourrait pas s’en sortir seul ».
Pour les femmes, cela peut se traduire par le « syndrome de l’infirmière » : elles choisissent inconsciemment un partenaire à problèmes (addictions, santé mentale fragile…) pour le materner. Quant aux hommes, ils endossent volontiers le rôle de « chevalier blanc », distri­buant leurs conseils à leur compagne ou à leurs collègues, qui ont parfois juste besoin d’être écoutés. Bien sûr, les rôles peuvent être inversés.

Lorsque le sauveur devient victime ou persécuteur
S’il n’obtient pas la reconnaissance espérée et que l’autre résiste à son aide, la situation peut bascu­ler. Le sauveur se retrouve alors victime, puis à son tour, il culpabilise l’autre et devient « persécuteur ». Ce « triangle dramatique » peut se jouer entre un médecin et son patient qui « ne fait aucun effort pour perdre du poids », une aide-soignante et une personne âgée en Ehpad… Tout le monde en sort perdant. « La crise de la Covid a exacerbé le syn­drome du sauveur. En effet, certains soignants se sont sentis coupables de ne pas réussir à sau­ver plus de patients. De plus, considérés d’abord comme des héros, ils ont ensuite été montrés du doigt lorsqu’ils rechignaient à se faire vacciner », souligne Laurie Hawkes.

Pour quitter son costume de sauveur, la pre­mière étape est d’en prendre conscience, seul ou accompagné par un thérapeute. Puis petit à petit, d’apprendre à renforcer l’estime de soi et à s’occuper de ses propres besoins. Charité bien ordonnée…

Isabelle Gonse


6 conseils pour sortir du rôle de sauveur

  • Choisissez chaque matin au moins une chose que vous allez faire pour vous dans la journée.
  • Formulez chaque jour une demande de conseil ou de soutien à quelqu’un.
  • À la maison, retenez-vous de faire les choses à la place de vos enfants et votre partenaire, même si le résultat n’est pas parfait.
  • Adoptez la même attitude au travail avec vos collègues.
  • Aidez les autres seulement s’ils en formulent clairement la demande.
  • Visez le retour à l’autonomie de celui que vous aidez et veillez à ce qu’il fasse lui aussi 50 % du chemin pour s’en sortir
     

 


À lire

  • Le syndrome du sauveur, Mary C. Lamia et Marilyn Krieger, éd. Eyrolles.
  • Le grand livre de l’analyse transactionnelle, France Brécard et Laurie Hawkes, éd. Eyrolles.
  • La maladie de Sachs, Martin Winckler : un récit sur la souffrance d’un médecin de campagne entièrement dévoué à ses patients.
     

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