Depuis le 1er janvier 2021, l’aide à la vie partagée (AVP) encourage les départements à soutenir les projets d’habitat inclusif, destinés aux personnes en perte d’autonomie. Le regard de Bernadette Paul-Cornu, codirigeante de l’association Familles Solidaires.

Quelle est l’action de votre association ?
Bernadette Paul-Cornu : Nous investissons et construisons des biens immobiliers adaptés, financés par l’épargne solidaire. Nous organisons l’animation de ces lieux de vie, la mise en relation avec les services d’aide à domicile et l’entretien des locaux.
Notre association exploite ainsi sept lieux en Alsace ou en Bretagne et suit une vingtaine d’initiatives portées par des associations familiales, des structures médico-sociales et des collectivités. Nous formons aussi les porteurs de projets à la conception d’habitat partagé.

Comment jugez-vous le déploiement de l’aide à la vie partagée (AVP) ?
B. P.-C. :
Comme une suite logique du soutien apporté par l’ARS depuis 2019 avec des montants plus significatifs (voir encadré ci-dessous). Il existe aujourd’hui 430 habitats inclusifs en France. L’État espère en voir 600 de plus en 2022. On monte donc en puissance, mais cela aurait pu aller plus loin en élargissant son champ d’application à l’ingénierie de projet.

Comment se porte aujourd’hui l’habitat inclusif ?
B. P.-C. :
La formule essaime de manière inégale selon les territoires. Tout dépend de la volonté politique locale.
Aujourd’hui, nous redoutons que le mouvement de densification en cours se fasse au détriment de la qualité. En effet, un nombre croissant de projets, portés par des mastodontes de la promotion immobilière, s’adressent à des seniors autonomes dans des résidences all inclusive (c’est-à-dire où tout est compris) à haut niveau de services et de loyer.
À contrario, notre association défend un habitat à taille humaine dans des logements adaptés et évolutifs, au bénéfice de personnes dépendantes qui pourront y vivre jusqu’à la fin de leur vie.

Quels sont les freins au développement de l’habitat inclusif ?
B. P.-C. : L’organisation du vivre-ensemble ainsi que la mise en commun des aides (allocation personnalisée d’autonomie, prestation de compensation du handicap…) sont les aspects les plus difficiles à organiser. Le montage administratif et la recherche de financement exigent quant à eux un savoir-faire que les petites associations familiales maîtrisent mal. Trouver du foncier en cœur de ville demande parfois de s’adosser à des bailleurs sociaux, des promoteurs. Enfin, certains départements jugent encore que l’habitat inclusif n’est pas fait pour les personnes dépendantes.

Quels sont les vertus de l’habitat inclusif ?
B. P.-C. : Pour les proches, c’est un répit. Pour les auxiliaires de vie, c’est un confort de travail. Pour les personnes fragilisées, c’est une question de citoyenneté. Nous leur garantissons la liberté de choix, une solution humaniste qui respecte leur rythme de vie, sans les contraintes pesantes d’une institution. C’est la possibilité de vivre avec et comme tout le monde.

bernadette
Bernadette Paul-Cornu

Aide à la vie partagée, mode d’emploi
• Réglementés par la loi Élan, les habitats inclusifs sont des logements ordinaires mais adaptés, occupés par des personnes âgées ou en situation de handicap qui partagent des espaces communs et un projet de vie sociale.
• D’un montant de 5 000 à 10 000 € par an, l’aide à la vie partagée (AVP) est une aide individuelle, versée directement au bailleur ou à l’association qui gère le projet de vie sociale du logement.
• La loi de financement de la Sécurité sociale 2021 prévoyait le lancement de l’AVP dans 40 départements pilotes d’ici la fin de l’année. La mesure sera prise en charge par les départements volontaires (20 %) et la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (80%) jusqu’à fin 2022.

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