ERASMUS , un programme encore balbutiant vis-à-vis des formations sanitaires et sociales
Malgré l’intérêt qu’il présente, le programme d’échange peine à s’implanter dans les centres de formation sanitaire et sociale.
Mis en place en 1987, Erasmus permet aux étudiants européens de suivre des cours ou d’effectuer un stage dans l’un des 31 pays d’Europe adhérents du programme. Mais si plus de 25 000 étudiants de l’enseignement supérieur en bénéficient chaque année en France, le dispositif peine à se mettre en place dans les centres de formation des secteurs sanitaire et social.
Casse-tête
À l’heure actuelle, seuls quatre instituts régionaux du travail social IRTS et une dizaine d’ instituts de formation en soins infirmiers Ifsi y ont adhéré. Chaque année, quelques dizaines d’étudiants parviennent ainsi à partir à l’étranger, tandis que la présence d’étudiants européens dans les écoles françaises reste marginale.
«Nous en sommes encore aux balbutiements»,
confirme Joëlle Kozlowski, présidente du Comité d’entente des formations infirmières et cadres Cefiec . Cette timidité provient, en partie, de la spécificité du système de formation sanitaire et sociale français. Axé sur la professionnalisation et l’alternance, il demeure éloigné du modèle universitaire (division de l’année en semestres, études organisées en licence, master, doctorat, etc.), pour lequel Erasmus a été pensé.
«Cela suppose de trouver, pour chaque étudiant, des stages et des cours adaptés, donc de composer des parcours individualisés»,
explique Delphine Daubanton, directrice de l’Ifsi- Croix-Rouge à Metz, qui a signé la charte Erasmus en 2005. Un casse-tête pour les écoles, “assez lourd administrativement”, reconnaît Delphine Daubanton. En outre, les services chargés des relations internationales restent rares. D’après une enquête de l’ Union nationale des associations de formation et de recherche en intervention sociale Unaforis réalisée en décembre 2010, sur les 150 organismes de formation de son réseau, seuls 10 disposaient alors d’un poste à temps plein consacré à la mobilité.
Frein linguistique
Gérard Schaefer, responsable des relations internationales à l’IRTS de Lorraine, évoque également des freins du côté des étudiants.
«Chaque année, nous ne comptons que 3 à 4 candidats, alors que nous disposons de 6 à 8 places.»
En cause, des motifs économiques, même si Erasmus est doté d’une bourse de 150 euros mensuels pour un séjour d’études, et de 300 euros pour un stage, souvent complétés par une aide des régions. D’après Gérard Schaefer, le principal obstacle reste linguistique :
«Le travail social suppose de maîtriser la langue, car on est au contact de l’usager. Cet aspect fait peur aux étudiants, alors qu’avec un peu de préparation, ils auraient sans doute le niveau. »
Les écoles mettant en oeuvre Erasmus s’accordent pourtant sur l’intérêt du programme.
«Quand nos étudiants reviennent, ils ont gagné en capacité d’analyse et développé des compétences interculturelles»,
explique Jenny Molina, directrice des relations internationales à l’IRTS de Bretagne. Lucie Augsbourger, qui prépare le diplôme d’éducatrice spécialisée à l’IRTS de Lorraine, reconnaît que le semestre qu’elle a passé à Berlin en 2009-2010 a été enrichissant pour sa pratique :
«J’ai effectué un stage dans un foyer de jeunes adultes handicapés. Là-bas, les usagers ont beaucoup plus leur mot à dire qu’en France. J’ai compris qu’il ne fallait pas s’enfermer dans nos modes de prise en charge.»
Outre l’enrichissement humain et culturel, les écoles commencent à envisager Erasmus dans le cadre d’une insertion professionnelle à l’échelle européenne.
«Il existe une vraie mobilité internationale des infirmières, note Delphine Daubanton. Avoir une expérience dans un pays européen peut aider.»
Un enjeu de compétitivité que les écoles intègrent peu à peu, notamment sous l’impulsion de la réforme visant à les rapprocher du système universitaire. Et qui devrait leur permettre de s’ouvrir davantage au programme.
Article paru dans le numéro 75/76 (juin-juillet 2011) de la Gazette Santé-Social, une publication du Groupe Moniteur




