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Société

Femme et handicapée : une double discrimination ?

Les femmes, qui présentent un handicap, font partie des personnes les plus vulnérables
et les plus marginalisées de la société. Ignorance et préjugés perdurent, même dans leur entourage.

« Les femmes handicapées se heurtent, dans les sphères privées et publiques, à des difficultés bien plus grandes que celles rencontrées par les hommes, notamment à des entraves à l’accès à un logement décent, à la santé, à l’éducation, à la formation professionnelle et à l’emploi, et sont plus susceptibles que les hommes d’être placées en institution »,

résume la Convention relative aux droits des personnes handicapées adoptée en 2006.

Trois millions de personnes Les discriminations liées au handicap et à la santé, Insee, juillet 2010 déclarent avoir fait l’objet de discriminations au cours de leur vie à cause de leur état de santé ou d’un handicap (moqueries, mises à l’écart, injustices, refus de droits…) et les femmes en particulier.

Femmes sans histoires ?

Il faut attendre la 3e conférence mondiale sur les femmes à Nairobi (en 1985) pour que les femmes handicapées soient reconnues comme un groupe “vulnérable”. Maudy Piot a perdu la vue progressivement. Successivement infirmière, kinésithérapeute, psychothérapeute et analyste, elle fonde en 2003 son association : Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir FDFA pour les femmes atteintes de toutes formes de handicap.Maudy Piot

Elle explique :

« Je côtoyais beaucoup de femmes aveugles souffrant de solitude et n’osant pas sortir. Je trouvais aussi qu’elles se laissaient aller, étaient mal maquillées et mal habillées. Cette association est la première à avoir utilisé le terme de femme handicapée citoyenne. Notre objectif est de lutter contre toute forme de discrimination et de dire que nous sommes des citoyennes à part entière, autrement dit capables de réaliser les actes de la vie quotidienne avec les mêmes devoirs. »

Il reste du travail...

La première des discriminations se situe incontestablement dans le monde du travail.
22 % de femmes handicapées trouvent un emploi contre 36 % des hommes, un phénomène pointé du doigt lors de la 4e conférence mondiale sur les femmes, en 1995. Pour la première fois, avait été évoquée l’urgence de « s’attaquer aux discriminations à l’emploi qui touchent les femmes handicapées afin d’assurer un plein accès à l’éducation et à la formation. »

Il y a peu de temps encore, les petites filles aveugles n’allaient pas à l’école mais les garçons, si.


Jeune juriste, Audrey se souvient :

« À la fac, je récupérais les documents en braille bien après les autres… pendant les vacances, certains laissaient sous-entendre que quelqu’un faisait le travail à ma place et quand tous mes camarades ont été titularisés, on a voulu invalider ma candidature. J’aurais pu abdiquer plusieurs fois. Beaucoup de femmes handicapées font des études puis restent chez elle. Mais il faut se battre pour avoir ensuite cette ouverture essentielle sur l’extérieur. »

Autre adhérente de l’association, Reine cherche un emploi depuis 2005 :

« J’ai un doctorat en biologie mais j’ai l’impression que ça n’a servi à rien. Ça me tue ! »

Des petites blessures aux abus

Si l’éducation, la formation et l’emploi sont incontournables pour faire évoluer leur statut, il reste beaucoup de chemin à parcourir dans leur vie de femme (maternité, sexualité, représentation sociale…).

« Il n’existe pas par exemple de services gynécologiques adaptés aux handicaps moteurs »,

s’insurge Maudy Piot.

« Dans les transports, on me tire par la manche au lieu de me parler, c’est insupportable même si c’est souvent par méconnaissance. Encore aujourd’hui, on associe handicap mental et handicap moteur »,

déplore Audrey.

La présidente de FDFA surenchérit :

« On m’a déjà interdit l’entrée dans un magasin de vêtements et je suis systématiquement placée près des toilettes au restaurant.»

Elle ajoute :

«36 % des femmes valides et 70 % des femmes handicapées endurent des violences physiques ou psychologiques et de nombreuses maltraitances ; les femmes aveugles subissent beaucoup d’attouchements lors de leurs déplacements et porter plainte leur est encore plus difficile. La domination masculine existe et la femme handicapée peut devenir un objet de mépris même s’il existe des amours très réussies. Que nous ne soyons pas dans la norme dérange. Nous ne sommes pas prévues au programme de notre société. »

 

Anne-Sophie Prévost

 


Sites internet

  • www.femmespourledire.asso.fr
    FDFA compte 200 adhérents handicapés et valides. Elle propose des ateliers créatifs, de lecture, beauté et bien-être ou emploi et travail, des groupes de paroles et de nombreux colloques.
    Tél. 01 45 66 63 97
  • www.infofemmes.com
    Centre national d’information sur les droits des femmes et des familles
    Tél. 01 42 17 12 00
  • www.avft.org
    Association européenne contre les violences faites aux femmes dans le travail
    Tél. 01 45 84 28 24